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La foi peut soulever des montagnes et aider à se sentir mieux. De là à imaginer que la prière a un pouvoir thérapeutique, il y a un grand pas. Que des chercheurs anglo-saxons ont cherché à franchir avec plus ou moins de succès.

« La première fois que vous voyez un praticien non conventionnel faire disparaître une douleur dans la poitrine, calmer un patient qui souffre le martyr ou interrompre une crise cardiaque sans utiliser de médicament ou d'appareil, vous vous dites que "c'est une jolie coïncidence". La deuxième fois, vous dites "c'est intéressant". Et la troisième "Il nous faut étudier cela" » Et voilà comment le cardiologue Mitchell Krucoff, spécialiste des angioplasties au centre médical de l'université Duke, à Durham, en Caroline du Nord, s'est retrouvé à la tête de l'étude Mantra. Mantra comme les syllabes ou phrases sacrées que psalmodient hindouistes et bouddhistes, mais aussi comme Monitoring and Actualization of Noetic TRAinings.

Dans un premier temps, l'étude a porté sur 150 patients souffrant d'insuffisance coronaire et devant subir des procédures cardiaques invasives. Cinq groupes ont été formés : stent coronaire seul pour le premier (groupe contrôle), stent coronaire plus vidéo expliquée de l'intervention, relaxation, imposition des mains et enfin prière par intercesseur à distance pour les autres. Résultat (« American Heart Journal », 1er novembre 2001) : dans les quatre groupes qui avaient bénéficié d'une intervention « noétique » (par la pensée), les complications ont été réduites de 25 à 30 %. Et les patients qui avaient eu droit à des prières d'intercesseurs étaient ceux qui se sentaient le mieux - et cela quelle que soit la religion de l'intercesseur, bouddhiste, catholique, moravien, juif, chrétien fondamentaliste, baptiste ou membre de l'Unity School of Christianity.

On aurait donc pu objectiver le pouvoir de la prière, ce dont on se réjouissait en Caroline du Nord, région qui fait partie de la « ceinture biblique » des Etats-Unis.
Mais la deuxième partie de Mantra, dont les résultats ont été connus en 2003, devaient démentir les espoirs des croyants. Cette fois, ce sont 750 patients en attente d'angioplastie qui ont été enrôlés et répartis au hasard en deux groupes. Les membres de l'un des groupes ont bénéficié des prières de chrétiens, de juifs, de bouddhistes et de musulmans. Ni le personnel soignant, ni les patients, ni leur entourage ne savaient qui faisait partie du groupe « prière ». Les malades ont été suivis pendant six mois après l'opération. Et ceux pour qui on avait prié ne s'en tiraient pas mieux que ceux pour qui on n'avait pas prié. C'est parce qu'on n'a pas le droit de « mettre Dieu à l'épreuve », ont plaidé certains théologiens. D'autres ont fait valoir que Duke se trouvant au centre de « la ceinture biblique », presque tous les patients avaient sans doute des proches qui priaient pour eux.


Intercession à grande distance.
Reste l'expérience troublante du Pr Rogerio Lobo, chef du service d'obstétrique et de gynécologie de la Columbia University (New York). D'un côté, 199 femmes en Corée en attente de fécondation in vitro. De l'autre, des intercesseurs aux Etats-Unis, au Canada et en Australie, ne connaissant ces femmes que par leur photo. Et là, la différence entre le groupe « prière » et l'autre est flagrante : 50 % de grossesses contre 26 % (« The Journal of Reproductive Medicine », 28 septembre 2001).
Une expérience du même type a été réalisée en Californie, cette fois sur des malades du sida (Dr Elisabeth Targ, Institut de recherche sur les médecins complémentaires) : 20 patients ont bénéficié de prières à distances de chrétiens, juifs, bouddhistes, indiens, chamans... qui avaient leur photo et connaissaient leur nom, leur nombre de CD4 et leurs symptômes. Comparés à 20 autres patients appariés pour l'âge, le nombre de cellules T et l'histoire de la maladie, ils avaient au bout de six mois moins de nouvelles maladies liées au VIH (2 contre 12), voyaient leur médecin moins souvent (185 consultations contre 260), avaient passé moins de temps à l'hôpital (10 jours contre 68) et leur humeur était améliorée.